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Lieux d’écrivains : Bambois, là où l’on voyage sans bouger

dimanche 19 août 2012, par Rédaction

L’Alsace, le 17/08/2012 à 07:00 par Jacques Lindecke

Avec Francis, son compagnon de toujours, Claudie Hunzinger a construit un lieu magique et une œuvre fascinante. Ou comment faire de chaque difficulté une joie.

Bambois. Un bout du monde au-dessus de Lapoutroie. Un corps de ferme, un abreuvoir, un étang, des ânes, du linge qui sèche sur l’herbe, une boîte aux lettres (oui, le facteur vient chaque jour jusqu’ici). Et la pente, partout. Claudie et Francis Hunzinger apprivoisent ce lieu frontière entre la nature et les hommes depuis près d’un demi-siècle. « Ce lieu, Francis a tout de suite vu qu’il était beau, se souvient Claudie. Moi, je le trouvais fonctionnel : que des prés, pas de haies, pas d’arbres. » Depuis, des arbres ont grandi. Trop : « Nous ne cessons de lutter contre la forêt. C’est un combat contre la nature qui est devenu un combat avec la nature, car tu apprends à gérer sa force. »

Qu’est-ce qui a bien pu pousser le jeune couple à s’aventurer là-haut ? Il y avait l’époque, ces années d’insouciance, de libération, ces films qu’on allait voir, L’Avventura, Jules et Jim. Il y avait Francis qui « voulait une vie de poète, contemplative ». En plein exode rural, c’est donc l’installation à Bambois en 1965. Claudie enseigne au lycée Bartholdi de Colmar et fait presque chaque jour l’aller-retour avec sa montagne. Leurs conditions de vie sont rudimentaires, « mais ce n’était pas le camping, c’était plus exposé. Il fallait travailler, faire les foins, dégager la neige, alors que nous étions de grands enfants. On ne l’aurait jamais fait si nous avions été plus prévoyants. On faisait la paire, Francis et moi, on a toujours privilégié l’inutile. » Il y avait la fatigue, et sa récompense : « Quand l’hiver avait été horrible, ça signifiait pour nous qu’il avait été d’autant plus magnifique. »

Les enfants naissent, Chloé en 1966, Robin en 1969 (qui s’est à son tour installé en couple à Bambois). Il faut faire face à de nouvelles contraintes. « Nous n’avions ni chasse-neige, ni 4x4, je ne sais pas ce que j’aurais fait sans ma famille. Nous n’avions rien prévu. » Claudie démissionne de l’Éducation nationale en 1972.

Bambois va devenir au fil des années le creuset de l’imaginaire des Hunzinger. Claudie va transformer l’herbe en verbe. Elle, ce qu’elle veut, c’est donner un nom à tout ce qui l’entoure et créer un nouveau langage en jouant de l’opposition sauvage/nature qui la passionne. « Ce lieu, dit-elle, m’a permis la découverte de mondes différents. J’y ai trouvé la possibilité de voyage, d’exploration en tous sens, sans bouger. »

Aujourd’hui, Claudie se partage entre son travail d’artiste, ses « pages d’herbe » et l’écriture. Elle avait publié Les Enfants Grimm, un récit, à la fin des années 80. Puis plus rien. « J’avais abandonné, je pensais que je n’y arriverais plus jamais. » Jusqu’à ce que Robin lui demande de créer la voix off du documentaire qu’il préparait autour de la vie d’Emma et de Thérèse, qui tentèrent dans les années 30 et 40 de construire une existence engagée et amoureuse. Emma était la grand-mère de Robin, la mère de Claudie. « J’écrivais un tombeau pour ces deux femmes, il était hors de question que je les laisse. » Cette nécessité devient alors un roman, Elles vivaient d’espoir (qui sort en poche, chez J’ai lu, le 5 septembre). Le nouveau, La Survivance, paraît le 3 septembre prochain. Un livre en guise d’ « exercice de détachement » de Bambois. Pour échapper à la terrible question : que va devenir ce lieu quand je ne serai plus là ? Transmettre avant de tout laisser. Pour, encore une fois, « fonctionner au désir, jamais au regret ».